Dompéridone – suite du processus de réévaluation de la balance bénéfices/risques au niveau européen

Recommandations du Comité pour l’évaluation des risques en matière de pharmacovigilance (PRAC : Pharmacovigilance Risk Assessment Committee) et de l’agence fédérale des médicaments et des produits de santé (afmps)

 

Le Comité pour l’évaluation des risques en matière de pharmacovigilance(PRAC)de l’Agence européenne des médicaments (EMA : European Medicines Agency) a achevé la réévaluation des médicaments contenant de la dompéridone, réévaluation réalisée à la demande de l’agence belge des médicaments : l’agence fédérale des médicaments et des produits de santé (afmps). Ses recommandations seront transmises pour avis au Groupe de coordination pour les procédures de reconnaissance mutuelle et décentralisée pour les médicaments à usage humain (CMDh : Co-ordination Group for Mutual Recognition and Decentralised Procedures – Human)qui adoptera une position définitive.

 

Le PRAC considère que les bénéfices des médicaments contenant de la dompéridone sont toujours supérieurs aux risques lorsqu’ils sont administrés à court terme et à de faibles doses pour traiter les nausées ou les vomissements.

 

Il recommande donc de modifier leur utilisation dans l'Union européenne (UE) 

-En restreignant leur indication uniquement au traitement des symptômes de nausées et de vomissements.

-En diminuant ladurée du traitement et le dosage ainsi qu’en ajustant soigneusement la dose en fonction du poids chez les enfants.

Ces diminutions étantconsidérées comme essentielles pour en minimiser les risques.

-En retirant du marché les produits oraux dosés à 20 mg de dompéridone et les suppositoires dosés à 10 ou 60 mg de dompéridone ainsi que les associations avec la cinnarizine (un antihistaminique).

 

Recommandations de l’afmps aux professionnels de la santé et aux patients

 

Dans l’attente de la position duCMDh,l’afmps recommande aux prescripteurs de réserver le traitement aux indications restreintes recommandées par le PRAC (traitement symptomatique des nausées et des vomissements) et de prendre en compte le risque cardiaque (dont l’allongement de l’intervalle QT et la mort subite d’origine cardiaque) en particulier chez les patients qui présentent des facteurs de risque (allongement existant de l’intervalle QT, troubles électrolytiques importants, insuffisance cardiaque congestive…).

 

A ce stade, il est recommandé de limiter la prescription à la durée de traitement la plus courte (usuellement sept jours maximum) et à la dose la plus faible possible sans dépasser 30 mg/jour chez l’adulte et 0.25mg/kg jusqu’à trois fois par jour par voie orale chez l’enfant de moins de 35Kg (sans dépasser 0.75mg/Kg/jour).

 

Pour rappel, le risque cardiaque peut être plus élevé chez les patients âgés de plus de 60 ans ou chez ceux qui sont traités par des doses quotidiennes supérieures à 30 mg.

Le risque augmente aussi lorsque le médicament est utilisé chez les patients prenant d’autres médicaments ayant des effets similaires sur le cœur ou réduisant la dégradation de la dompéridone dans l’organisme

 

En l’absence de troubles cardiaques, les patients actuellement sous traitement peuvent, en concertation avec leur médecin, continuer la prise de Domperidone.

 

Il est recommandé de ne plus utiliser l’association domperidone/cinnarizine.

 

En cas de doute ou de questions, les patients sont invités à consulter leur médecin.

 

Recommandations du PRAC

 

Le PRAC recommande le maintien de la disponibilité des médicaments contenant de la dompéridone, ainsi que la poursuite possible de leur utilisation dans l’UE pour la prise en charge des symptômes de nausées et de vomissements, mais préconise que la dose recommandée par voie orale chez les adultes et les adolescents à partir de 35 kg soit réduite à 10 mg, jusqu’à maximum trois fois par jour. Ces patients peuvent également recevoir le médicament sous forme de suppositoires à 30 mg deux fois par jour. Chez les enfants et les adolescents pesant moins de 35 kg, le médicament doit être administré par voie orale à une dose de 0,25 mg par kg de poids corporel, jusqu’à trois fois par jour. Des dispositifs de mesure doivent être inclus dans les formulations liquides afin de permettre un dosage précis en fonction du poids corporel. Le médicament ne devrait normalement pas être utilisé pendant plus d’une semaine.

 

La dompéridone ne peut plus être utilisée pour traiter des affections telles que les ballonnements ou les brûlures d’estomac. Elle ne peut pas être administrée à des patients présentant une insuffisance hépatique modérée ou sévère, ni à des patients présentant des anomalies de l’activité électrique du cœur ou du rythme cardiaque, ni à des patients à risque accru de tels effets. En outre, la dompéridone ne peut pas être utilisée avec d’autres médicaments ayant des effets similaires sur le cœur ou qui diminuent sa dégradation dans l’organisme (augmentant ainsi le risque d’effets indésirables). Le RCP et la notice doivent être modifiés en conséquence. L’utilisation des produits oraux dosés à 20 mg et des suppositoires dosés à 10 ou 60 mg n’est plus recommandée, et ils doivent être retirés du marché, tout comme les associations avec la cinnarizine (un antihistaminique) dans les Etats membres où elles sont disponibles.

 

Les recommandations du PRAC sont fondées sur une évaluation minutieuse de toutes les données disponibles sur l’efficacité et la sécurité de la dompéridone, incluant les études et revues publiées, les données expérimentales, les rapports d’effets indésirables, les études post-commercialisation, ainsi que d’autres informations et commentaires externes. La dompéridone est clairement associée à une légère augmentation du risque d'effets cardiaques potentiellement mortels. Cela a été particulièrement observé chez les patients de plus de 60 ans, chez les patients recevant des doses quotidiennes de plus de 30 mg et chez les patients prenant d’autres médicaments ayant des effets similaires sur le cœur ou réduisant la dégradation de la dompéridone dans l’organisme. Le PRAC considère qu’une diminution de la dose recommandée et de la durée du traitement constitue une mesure particulièrement essentielle pour minimiser les risques de la dompéridone.

Le PRAC a noté que, malgré une utilisation établie de longue date, les données appuyant l’efficacité de la dompéridone chez les enfants, ainsi que les données appuyant l’efficacité des suppositoires sont limitées ; et il demande que des études complémentaires soient conduites.

 

Ces recommandations seront transmises pour avis au Groupe de coordination pour les procédures de reconnaissance mutuelle et décentralisée pour les médicaments à usage humain (CMDh : Co-ordination Group for Mutual Recognition and Decentralised Procedures – Human), lequel se réunira du 22 au 24 avril 2014.

 

Réévaluation des médicaments contenant de la dompéridone

 

Les médicaments contenant de la dompéridone ont été autorisés via des procédures nationales dans chacun des États membres de l'UE pour traiter les nausées et les vomissements de diverses origines (y compris chez les enfants dans certains États Membres), mais aussi pour la prise en charge des symptômes tels que ballonnements, gêne et brûlures d’estomac.

 

La réévaluation de la dompéridone a été réalisée à la demande de l’agence belge des médicaments : l’agence fédérale des médicaments et des produits de santé (afmps), en raison des inquiétudes concernant la toxicité cardiaque de la dompéridone (effets sur le cœur). A ce propos, la forme injectable de la dompéridone avait été retirée du marché en 1985, en raison d’effets indésirables similaires. Toujours, à l’initiative de la Belgique, les effets indésirables graves sur le cœur, incluant un allongement du QT (une altération de l'activité électrique du cœur) et des arythmies (battements cardiaques instables), avaient été évalués précédemment par le Groupe de travail Pharmacovigilance de l’EMA (PhVWP : Pharmacovigilance Working Party). En 2011, le PhVWP avait recommandé une mise à jour du Résumé des Caractéristiques du Produit (RCP) et de la notice des médicaments contenant de la dompéridone, afin de refléter le risque de ces effets indésirables et de mettre en garde sur le fait que la dompéridone devait être utilisée avec prudence chez les patients atteints de certaines affections cardiaques. Cependant, des cas de troubles cardiaques ont continué à être signalés chez les patients utilisant le médicament, et il a donc été demandé au PRAC d’examiner si les bénéfices de la dompéridone l'emportaient toujours sur ses risques dans les indications approuvées, et si les autorisations de mise sur le marché (AMM) des médicaments contenant de la dompéridone devaient être maintenues ou modifiées dans l'UE.

 

Plus d'informations sur le médicament

 

Les médicaments contenant de la dompéridone ont été autorisés dans plusieurs états membres de l'Union européenne via des procédures nationales depuis les années 1970. Leur délivrance est soumise en Belgique à la prescription médicale depuisle 30 novembre 2013.

Ils sont disponibles sous forme de comprimés, suspension orale et suppositoires, et sous différentes dénominations commerciales.La dompéridone est également disponible en Belgique sous forme d’association avec la cinnarizine (un antihistaminique) pour traiter le mal de transport.

Les médicaments contenant de la dompéridone autorisés et actuellement commercialisés en Belgique sont :

-Motilium (spécialité de référence autorisé et disponible en Belgique depuis 1978)

-Domperidone EG

-Domperidon Mylan

-Domperidon Teva

-Domperitop

-Oroperidys

-Touristil (association de dompéridone et de cinnarizine)

-Zilium

 

La dompéridone agit en bloquant les récepteurs de la dopamine, un neurotransmetteur que l’on trouve dans l'intestin et dans la zone du cerveau associée aux vomissements. Il en résulte une augmentation de l'action des muscles de l'estomac qui fait que la nourriture se déplace de manière plus efficace de l'estomac vers l'intestin, ce qui aide à prévenir les nausées (sensations de malaise) et les vomissements.

 

Plus d’information sur la procédure

 

La réévaluation de la dompéridone a été initiée le 1er mars 2013, à la demande de l’agence belge des médicaments et des produits de santé (afmps), conformément à l'article 31 de la directive 2001/83/CE.

La réévaluation a été effectuée par le Comité pour l’évaluation des risques en matière de pharmacovigilance (PRAC : Pharmacovigilance Risk Assessment Committee), le Comité chargé de l'évaluation des questions de sécurité pour les médicaments à usage humain, qui a formulé une série de recommandations. Étant donné que les médicaments contenant de la dompéridone sont tous autorisés via des procédures nationales, la recommandation du PRAC sera transmise au Groupe de coordination pour les procédures de reconnaissance mutuelle et décentralisée – humain (CMDh : Co-ordination Group for Mutual Recognition and Decentralised Procedures – Human), qui adoptera une position définitive. Le CMDh est l’organe réglementaire au sein duquel sont représentées les autorités réglementaires nationales des états membres de l’UE.Il est chargé de garantir des normes de sécurité harmonisées pour les médicaments autorisés au sein de l’Union européenne via des procédures nationales.

Si la position du CMDh est adoptée par consensus, l'accord sera directement implémenté par les États Membres dans lesquels les médicaments sont autorisés. Si la position du CMDh devait être adoptée par vote majoritaire, elle sera alors transmise à la Commission européenne, pour l'adoption d'une décision légalement contraignante dans l’ensemble de l’Union européenne.

 

Contact

vig@afmps.be

Dernière mise à jour le
07/03/2014