Diclofenac : mesures pour minimiser le risque cardiovasculaire

Le comité pour l’évaluation des risques en matière de pharmacovigilance (PRAC : Pharmacovigilance Risk Assessment Committee) de l'Agence européenne du médicament (EMA : European Medicines Agency)estime que les bénéfices du diclofenac, un anti-inflammatoire non stéroïdien (AINS), l’emportent sur les risques d’accidents thromboemboliques. Le PRAC recommande d’appliquer les mêmes mesures que celles mises en place pour minimiser le risque cardiovasculaire des inhibiteurs sélectifs de la COX-2 (autre groupe d’anti-inflammatoires).

Le PRAC de l'EMA a conclu que les effets du diclofénac sur le cœur et la circulation, lorsqu'il est administré par voie systémique (sous forme de gélules, comprimés ou d'injections), sont comparables à ceux des inhibiteurs sélectifs de la COX-2, un autre groupe d'anti-inflammatoires. Ceci est particulièrement valable lorsque le diclofénac est utilisé à dose élevée (150 mg par jour) et pour un traitement à long terme (1 an). Le PRAC a conclu que les bénéfices de diclofénac l'emportent encore sur les risques, mais il recommande d’appliquer également au diclofénac les mesures déjà en place pour minimiser les risques d'événements thrombo-emboliques artériels (caillots de sang dans les artères) avec les inhibiteurs sélectifs de la COX-2.

• Les patients atteints d’affections cardiaques ou circulatoires sous-jacentes graves, telles qu’une insuffisance cardiaque, une maladie cardiaque, des problèmes circulatoires ou des antécédents de crise cardiaque ou d’accident vasculaire cérébral ne devraient pas utiliser le diclofénac.
• Les patients présentant certains facteurs de risque cardio-vasculaire (tels qu’hypertension artérielle, taux élevé de cholestérol sanguin, diabète ou tabagisme) ne devraient utiliser le diclofénac qu’après un examen minutieux.
• Il sera également recommandé aux professionnels de la santé de réévaluer périodiquement la nécessité pour les patients de continuer à prendre le médicament.

Le diclofénac est un médicament largement utilisé pour soulager la douleur et l'inflammation, en particulier dans les états douloureux tels que l'arthrite. Il appartient à un groupe de médicaments appelés « médicaments anti-inflammatoires non stéroïdiens » (AINS). Les inhibiteurs sélectifs de la COX-2 sont un groupe distinct d’AINS.

La sécurité des AINS a fait l’objet d’un suivi étroit de la part des autorités réglementaires de l'Union européenne. Leur réévaluation en 2005, 2006 et 2012 a confirmé que la classe des AINS est associée à une légère augmentation du risque d'événements thrombo-emboliques artériels qui, dans certains cas, ont conduit à une crise cardiaque ou un accident vasculaire cérébral, en particulier s'il est utilisé à dose élevée et pour un traitement à long terme.

Le Résumé des Caractéristiques du Produit (RCP) et la notice de tous les AINS mettent en garde contre ce risque, et recommandent d’utiliser ces médicaments à la dose efficace la plus faible et pour une durée la plus courte possible permettant de contrôler les symptômes.

La réévaluation du diclofénac par le PRAC a été initiée en octobre 2012, suite aux conclusions de la réévaluation des AINS effectuée en 2012, qui avait identifié une légère augmentation du risque de ces effets indésirables cardio-vasculaires avec le diclofénac comparé aux autres AINS – une augmentation similaire à celle observée avec les inhibiteurs de la COX-2. Le risque cardiovasculaire absolu avec tout AINS dépend des facteurs de risque sous-jacents individuels, tels que l'hypertension artérielle et le taux de cholestérol. L’augmentation du nombre global de crises cardiaques attendue pour le diclofénac est d'environ 3 cas par an par 1.000 personnes à risque modéré traitées (de 8 pour 1000 personnes par an normalement, à 11 pour 1.000 personnes par an prenant le médicament) .

 

Production des meilleures preuves pour répondre aux besoins réglementaires de recherche

La disponibilité de preuves solides issues de la recherche universitaire indépendante a été un élément central de la réévaluation des AINS et du diclofénac. Parmi ces preuves figure un projet de recherche indépendant appelé « safety of non-steroidal anti-inflammatory drugs » , mis en place et financé par le septième programme-cadre de la Commission européenne, pour répondre aux questions identifiées lors de la réévaluation des AINS effectuée en 2006, qui avait fourni les données réévaluées en 2012 . D'autres groupes ont également fait des recherches sur la sécurité cardiovasculaire des AINS, notamment le groupe mixte « Coxib and traditional NSAID Trialists » (CNT) , et ont partagé les résultats d'une vaste méta-analyse de plus de 600 essais cliniques randomisés avec l’EMA.

La recommandation du PRAC sera examinée par le Groupe de coordination pour les procédures de reconnaissance mutuelle et décentralisée pour les médicaments à usage humain (CMDh) lors de sa réunion du 24-26 Juin 2013. Les professionnels de la santé recevront une lettre avec des informations détaillées sur les résultats de cette réévaluation. Les patients qui ont des questions sont invités en parler à leur médecin ou à leur pharmacien.


Plus d’informations sur le médicament

Le diclofénac est autorisé pour le soulagement de la douleur et de l'inflammation dans un large éventail de situations pathologiques, y compris les affections arthritiques et les troubles musculo-squelettiques aigus. Il est actuellement disponible dans l'Union européenne (UE) sous différentes formulations. La plupart des formulations sont à usage systémique (administrées sous forme de traitements se répandant dans le corps, tels que les médicaments oraux et injectables) et sont concernées par l’actuelle réévaluation. Les médicaments contenant du diclofénac ont été autorisés dans les états membres de l'UE via des procédures nationales d'autorisation et sont disponibles depuis de nombreuses années dans une vaste gamme de marques déposées.
Le diclofénac est un AINS. Les AINS traditionnels agissent en bloquant les effets des deux enzymes cyclo-oxygénases (COX), appelées COX-1 et COX-2, ce qui aboutit à une réduction de la production de substances appelées prostaglandines. Puisque certaines prostaglandines sont impliquées dans l'apparition de la douleur et de l'inflammation aux sites de blessures ou de dommages corporels, une diminution de la production de prostaglandines va réduire la douleur et l'inflammation. En plus de diclofénac, les AINS couramment utilisés comprennent également l'ibuprofène et le naproxène. Un groupe différent d'AINS, appelés « inhibiteurs sélectifs de la COX-2 » (également connus sous le nom « coxibs »), agit en bloquant uniquement l'enzyme COX-2.

Le diclofénac est autorisé en Belgique depuis 1975. Il est disponible à ce jour et commercialisé sous les noms de : Cataflam, Diclofenac EG, Diclofenac Sandoz, Diclofenac Teva Diclofenac Apotex, Motifene -Polyflam, Voltaren.
Les inhibiteurs sélectifs de la COX-2 disponibles en Belgique à ce jour sont commercialisés sous les noms de : Celebrex, Arcoxia, Dynastar.

 

Plus d’informations sur la procédure

La réévaluation du diclofénac utilisé par voie systémique a été initiée le 31 octobre 2012, à la demande de l'agence britannique des médicaments, conformément à l'article 31 de la directive 2001/83/CE.
La réévaluation a été effectuée par le Comité pour l’évaluation des risques en matière de pharmacovigilance (PRAC : Pharmacovigilance Risk Assessment Committee), le Comité chargé de l'évaluation des problèmes de sécurité des médicaments à usage humain, qui a formulé une série de recommandations.
Comme les médicaments contenant du diclofénac sont tous autorisés via des procédures nationales, les recommandations du PRAC seront transmises au groupe de coordination pour les procédures de reconnaissance mutuelle et décentralisée pour les médicaments à usage humain (CMDh), qui adoptera une position définitive. Le CMDh est un organe de réglementation des médicaments au sein duquel sont représentées les autorités nationales compétentes des états membres.
Si la position du CMDh est votée par consensus, l'accord sera directement implémenté par les États membres où les médicaments sont autorisés. Par contre, si la position du CMDh devait être adoptée par vote majoritaire, elle sera ensuite envoyée à la Commission européenne, pour l'adoption d'une décision européenne juridiquement contraignante.

 

Contact

vig@afmps-fagg.be

 

Dernière mise à jour le
18/06/2013